« La dernière génération »

Palmwag, Namibie, décembre 2019

Ces derniers mois nous avons eu la chance immense d’aller à la rencontre de peuples aux cultures très différentes des nôtres, des peuples dont l’altérité est une richesse infinie : indiens d’Amazonie, Pataxó du Brésil, descendants des Incas dans les montagnes péruviennes, Shans en Birmanie, Merinas malgaches ou encore, juste hier, Himbas de Namibie.

Chacune de ces rencontres a été une double claque : émerveillement et désolation.

Émerveillement déjà devant tant de savoir, de sagesse et de beauté.

J’ai été impressionnée par l’étendue et la profondeur d’un savoir de vie partagé par tous. Ces peuples sont profondément liés à la nature qui les entourent, ils sont sensibles à ses moindres frémissements, ils s’orientent avec le soleil ou les étoiles et se soignent avec les plantes qui les entourent. Ils savent aussi coudre leurs propres vêtements, construire leurs maisons et faire naître des bateaux à voile. Ils détiennent et utilisent des connaissances millénaires que nous, occidentaux et occidentalisés, avons perdues quelque part au milieu du 20ème siècle quand nous nous sommes petit à petit éloignés de la terre tout en aliénant la nature à notre soif de consommer toujours plus.

J’ai aussi été touchée par leur sagesse. Celle de ceux qui ne se laissent pas prendre par le temps qui passe ni influencer par l’air du temps. Le sens de la vie se trouve dans les légendes et le lien spirituel avec dieu(x) et éléments. Frugalement ils cultivent / élèvent / produisent / consomment uniquement ce dont ils ont besoin. Ils se satisfont de peu et trouvent la joie dans beaucoup de -petites- choses.

Enfin parmi eux j’ai ressenti la beauté. Dans la simplicité ingénieuse de leurs architectures et leurs artisanats, dans la chatoyance débridée de leurs tenues, dans la profondeur de leurs croyances, la jeunesse de leurs visages, la largeur de leurs sourires…

Ce savoir, cette sagesse et cette beauté étaient les points communs de ces peuples autrement si différents et une source d’émerveillement sans fin au cours de nos voyages.

Mais il était aussi douloureux d’entendre et de constater que ces peuples et leurs cultures sont en voie de disparition. « C’est la dernière génération » entend-on partout : le dernier homme médecine de cette région, les dernières femmes ocres et nues de ce pays, les derniers enfants qui apprennent ce dialecte, la dernière famille à vivre sous le même toit…

Et le savoir se perd car les jeunes ne sont plus intéressés par la nature et pas motivés par le faire soi-même. Et la sagesse de l’être est peu à peu remplacée par le désir de l’avoir. Et la beauté de ce qui est unique et rare disparaît au profit d’une envie de ressembler à l’autre; tous ont envie de nous ressembler à nous.

Alors petit à petit s’effacent les différences.

Et je réalise à quel point notre mode de vie est un virus contagieux et mortel, porteur d’une vision erronée que le bonheur est dans le paraître (pareil) et le consommer (beaucoup).
Et je pense avec tristesse à ce que sera demain sans toutes ces cultures.
Et j’espère qu’il est encore temps de changer notre récit de ce qui est bon et désirable afin de préserver l’infinie richesse de l’altérité de notre humanité.

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