Inventaire Birman

Yangon, Birmanie, Août 2019

Mandalay, une ville quadrillée, un palais royal annexé par l’armée, deux éléphants blancs, un marché de jade où acheter la pierre à la tonne ou en collier, deux invitations spontannées à prendre le thé, un monastère en teck, quatre vendeuses de longyis autour d’un seul Jérémy, un lac émeraude pollué, un marionnettiste qui a voyagé et autant de sourires que de gens rencontrés.

Kyaukme, une route accidentée et, sur les six heures de trajet, un chiqueur de béthel qui n’arrête pas de cracher, un premier café au lait très sucré, deux scooters, une pluie torrentielle et trois motards trempés. Un chemin boueux, un coucher de soleil brumeux, deux ethnies amies -leurs guérillas ennemies-, un village isolé et, dans un bar, quatre locaux, trois poules et une mitraillette probablement armée. Une fête de village, une randonnée, deux nuits à même le sol à dormir près du foyer et au réveil sentir fort la fumée. Trois bières tièdes -pas de frigo, pas d’électricité-, huits bols de soupe aux nouilles, six autres cafés au lait sucrés. La montagne, les plantantions de thé et au loin la plaine et son immensité, dix ou vingt pagodes dorées, une école et trois cent écoliers, deux touristes acceuillis comme des célébrités.

Ava Inwa, une ancienne capitale royale abandonnée, deux roues, trente kilomètres et au passage un village plein de métiers à tisser avec, aux fenêtres à sécher, des fils colorés. Une vingtaine de palais en ruine au milieu des rizières, champs et rivières, trois petits singes agités, une douzaine de dragons dorés, deux ambulances et, derrière, un gong et une procession funéraire.

Bagan, une ville légendaire, une plaine desséchée, quatre-mille temples bientôt millénaires, un scorpion surgit de dessous les pierres, un village de potiers, un bouddha géant couché, une chaleur écrasante et quatorze plats sur une table de déjeuner.

Nyang Shwe, un grand lac dans une vallée, une terre fertile et irriguée, trois villages sur pilotis, deux rouleuses de cigares dignes et fatiguées, trois ou quatre tisseuses de lotus aux mains abîmées, un teinturier, un orfèvre… tous ces artisanats oubliés. Une pagode isolée, ses mille-cinquante-quatre stupas plus ou moins rénovées, un bateau à moteur, deux buffles baigneurs, un midi ensoleillé, un vignoble, trois amis, une bouteille de rosé.

Pindaya, une grotte, huit-mille bouddhas, un atelier de parasols en bois.

Nay Py Daw une capitale de soixante dix fois la taille de Paris, dix ans d’âge et un million d’habitants officiellement recensés (un dixième du chiffre officieusement murmuré). Un parlement en trente et un bâtiments et pour y accéder une rue large de vingt voies, c’est gigantesque on croit rêver. Un hôtel, un petit déjeuner, dix-neuf membres du personnel pour trois hôtes affamés.

Yangon, une belle surprise en vérité, une ville très animée, des pierres précieuses vendues à la poignée, trois restaurants de sushis après dix mille plats de nouilles sautées.

Et partout ici des monastères par dizaine au kilomètre carré, des pagodes ocres et dorées, le chant des moines en haut parleur toute la journée, des tuniques saphran, or et ocre qui sèchent au vent. Des klaxons, des scooters, des moteurs de tracteur posés sur capots, apparents, super bruyants. Hommes et femmes en claquettes et longyis colorés, portant sur eux leurs économies en bijoux dorés, des visage peints jaune à la pâte de tanaka et un sourire rouge bétel éternel.

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